Retour d’expérience d’un chantier conçu et réalisé selon les principes d’éco-conception. Optimisation de l’intégration du réemploi, réduction de l’impact carbone de la construction, réduction des coûts travaux.
Découvrez comment l’écoconception transforme les restaurants : optimiser les espaces, réduire l’impact environnemental et améliorer la rentabilité durablement.
Éco‑conception d’un restaurant construit autour du réemploi :
Clara Rohmer et Morgane Le Hir ont voulu créer un lieu unique, à leur image, en incarnant une vision vertueuse de l’entrepreneuriat : un modèle socialement et solidairement responsable.
TOUT DAY, c’est un espace Café, Restaurant, Épicerie, Seconde main.
Un lieu vivant tout au long de la journée, pensé pour créer du lien.
Pour transformer cette vision en réalité, Clara & Morgane avaient besoin d’un partenaire partageant leur engagement.
Les travaux allaient constituer la première pierre de leur projet. C’est dans ce cadre que nous nous sommes rencontrés.
Eco-conception, Organisation & réussite :
L’éco-conception modifie profondément l’organisation d’un chantier. Intégrer du réemploi impose d’anticiper davantage, tout en gardant une marge de souplesse pour saisir les opportunités de marché. Cette logique influe directement sur la définition des besoins et sur la planification.
Pour sécuriser le processus, il est essentiel de distinguer clairement les responsabilités : quels matériaux sont fournis et posés par l’entreprise, et lesquels sont fournis par la Maîtrise d’Ouvrage. Cette clarification permet d’établir un rétroplanning réaliste de fourniture et de pose.
L’expérience montre que les principaux décalages proviennent moins du réemploi en tant que tel que d’un manque d’anticipation dans la demande. Les sollicitations tardives rendent difficile le respect des délais incompressibles liés aux filières de réemploi.
Une bonne pratique consiste donc à mettre en place un planning contractuel engageant, précisant les dates de livraison et intégrant la possibilité de recourir à un matériau neuf en cas d’indisponibilité. Ce mécanisme apporte de la souplesse, mais il ne supprime pas totalement les contraintes : les matériaux neufs obéissent eux aussi à des délais d’approvisionnement. Un retard initial se répercute donc mécaniquement, quelle que soit la solution retenue.
Ce retour d’expérience souligne qu’il ne s’agit pas de désigner un coupable, mais de bâtir un cadre clair et partagé qui sécurise à la fois le planning et le budget. L’éco-conception, loin d’être un frein, devient ainsi un levier de performance collective lorsqu’elle s’appuie sur une organisation adaptée.
Mesures vertueuses pour pérenniser le réemploi et l’éco-conception :
- Définir dès le départ les responsabilités de fourniture et de pose entre les acteurs.
- Élaborer un planning contractuel clair et engageant, avec échéances précises.
- Intégrer une clause de substitution (matériau neuf si le réemploi n’est pas disponible dans les temps).
- Prévoir un budget dédié aux achats complémentaires et des règles de validation avec la Maîtrise d’Ouvrage.
- Instaurer des mécanismes de compensation en cas de retard lié à la non-fourniture (temps de main-d’œuvre immobilisé).
- Favoriser la transparence et la communication régulière entre les acteurs pour anticiper les aléas.
En combinant ces leviers – anticipation, flexibilité et coopération – l’éco-conception s’affirme comme une démarche robuste, conciliant ambition environnementale, maîtrise des coûts et respect des délais.
Agilité et test de la compatibilité des matériaux détournés :
Le réemploi implique également une part d’inconnue technique : Certaines expérimentations peuvent échouer et générer des délais.
Exemple : Un revêtement de façade provenant d’un immeuble déconstruit à Lyon, destiné à être posé en opus incertum comme sol, s’est révélé incompatible avec les colles à carrelage, même à fort pouvoir adhérent. Cette situation, rencontrée en cours de chantier, nous a value de retarder l’avancement des travaux pour déposer le matériau incompatible pour finalement réaliser un béton ciré en lieu et place. Cet évènement, arrivé en dépit du respect de la note méthodologique de pose fournie par la société le vendant, illustre bien la prise de risque que peut représenter l’intégration du réemploi détourné au sein d’un chantier.
Ces facteurs introduisent une forte incertitude technique et financière, pouvant impacter les marges d’études, de suivi et de travaux. Ce chantier a été une véritable école : il a permis de confronter l’éco‑conception à la réalité opérationnelle et d’en tirer des enseignements concrets.
Règles de financement et normes :
Le financement bancaire a été affecté : certains achats hors garantie n’étaient pas éligibles aux prêts classiques. De plus, les procès-verbaux techniques, indispensables pour répondre aux normes des établissements recevant du public (ERP) étaient parfois impossibles à produire avec des matériaux réemployés, ce qui a imposé ponctuellement l’achat neuf pour garantir la conformité.
Mise en service des équipements issus du réemploi :
Près de 80% des équipements de cuisine, bar, distribution, laverie ont été sourcés issus du réemploi. En dépît d’une filière en structuration positive, il s’est avéré que plusieurs équipements présentaient des dysfonctionnements lors de la mise en service.
- Un lave-vaisselle avec pompe de vidange n’évacuait pas correctement les eaux usées.
- Un lave-verres présentait une fuite au niveau du joint de la porte frontale.
Ces quelques aléas, découverts à la dernière minute, ont retardés l’ouverture du restaurant. Il est judicieux de prévoir une période de test de fonctionnement près la pose des équipements pour en vérifier le parfait fonctionnement avant d’ouvrir au public pour éviter toute insatisfaction client et aborder le lancement sereinement.
Leçons et structuration d’une méthodologie :
Nous tirons des enseignements précieux de ces expériences, un chantier intégrant en majorité du réemploi doit être bien préparé et certaines problématiques doivent être abordés en amont avec la Maîtrise d’ouvrage pour savoir réagir agilement à chaque situation.
- Concevoir d’abord une solution « standard », pensée pour accueillir facilement des matériaux de réemploi.
- Prévoir des marges dimensionnelles pour s’adapter à des matériaux légèrement différents du plan initial.
- Sourcer rapidement les éléments prioritaires dès validation de la conception, pour ne pas ralentir l’entreprise réalisant la pose.
- Établir un rétro planning des livraisons de matériaux issus du réemploi pour assurer la continuité d’exécution.
- Cadrer par un contrat l’achat par l’entreprise de petites fournitures et matériaux avec remboursement sur note de frais, afin de maintenir le rythme du chantier.
- Réaliser des test à petite échelle de la compatibilité des matériaux issus du réemplois à usage détourné avant la pose complète et définitive.
En appliquant ces principes, l’éco‑conception devient à la fois bénéfique pour l’environnement et économiquement viable sur le terrain, à la fois pour la Maîtrise d’ouvrage, les acteurs de la Maîtrise d’oeuvre et la ou les entreprise(s) réalisant les travaux.
Mesurer pour valoriser :
En fin de chantier, la documentation des résultats (taux de réemploi, économies réalisées, CO₂ évité) est la meilleure manière de démontrer la pertinence de la démarche.
Cette étape n’est pas seulement un gage de transparence : elle permet de relier l’effort au bénéfice concret, de justifier les choix auprès des partenaires et de crédibiliser le projet. C’est aussi le moyen d’éviter toute dérive vers le greenwashing en montrant que le réemploi n’est pas une posture mais une valeur mesurable et partagée.
Mesure de l'impact environnemental et taux de réemploi :
Pour l’opération TOUT DAY, nous vous présentons la méthodologie de calcul pour ;
- L’estimation du coût carbone évité lié à l’achat des équipements de cuisine issus du réemploi chez VESTO, acteur majeur de l’économie circulaire spécialisé dans la vente d’équipements de cuisine et distributions reconditionnés (en Tonnes équivalent CO2, TeqCO2).
- L’estimation de la part de réemploi intégrée à l’opération (travaux généraux, équipements et petits matériels d’exploitation).
Calcul du coût carbone en TeqCO2 :
- Construction de l’équipement : Poids de l’équipement x TeqCO2 du kg d’inox selon composition et valeurs ADEME.
- Déconstruction de l’équipement : Poids de l’équipement x TeqCO2 pour la fonte du kg d’inox selon composition et valeurs ADEME.
- Fluide frigorigène : Selon GWP du fluide concerné (R600 et R290 dans le matériel VESTO) et basé sur un volume de fluide théorique selon l’équipement.
Résultat : 13.9 TeqCO2 non consommées via l’intégration d’équipements de cuisine reconditionnés au sein de l’opération.
Soit l’équivalent de l’empreinte carbone moyenne de 1.5 Français sur une année.
*Nota : Ce calcul n’intègre pas la valeur carbone des matériaux utilisés pour les travaux (carrelages/faïences/peintures/bois/divers petites fournitures).
Calcul du taux de réemploi :
L’estimation du taux de réemploi, bien qu’il soit mesurable, reste un exercice expérimental présentant plusieurs biais. Le taux peut être mesuré de plusieurs manières :
- La quantité d’éléments/matériaux réemployés :
Biais principal lié aux éléments dont la quantité se mesure de différentes manières (peintures en m², rayonnages en mètres linéaires, équipements en unités). Cet méthode traduit souvent un taux de réemploi élevé lorsque les matériaux de revêtements sols/murs/plafonds sont intégrés dans le calcul.
- Le poids des éléments/matériaux réemployés :
Biais principal lié à l’aspect non représentatif lorsque des éléments neufs (même très rares), sont très lourds et donc défavorisent la note globale.
- La valeur financière des éléments réemployés :
Biais principal lié à l’inconnue que représente le prix du neuf pour une solution équivalente. Un même élément réemployé peut être comparé à son équivalent haut ou bas de gamme dans le marché du neuf et donc avoir un rapport de valeur différent. De plus, l’aspect aléatoire des disponibilités du marché du réemploi incitent parfois à choisir une gamme </> à celle parfaitement adaptée au projet.
En dépit des biais, une volonté de rester pertinent :
Pour estimer correctement ce taux de réemploi et rester pertinent dans notre approche, nous avons décidé de croiser ces valeurs pour en extraire une moyenne représentative, même si parfois inférieure à la méthode la plus favorable.
De plus, il nous semble essentiel lorsque ce sujet est abordé, de contextualisé les biais que représentent ces résultats pour éviter de tomber dans le Greenwashing, ce qui n’est pas l’objectif.
Conclusion :
Ce projet démontre qu’une éco‑conception structurée, intégrant du réemploi, peut concilier impact environnemental réduit et conditions économiques réalistes, à condition d’être planifiée avec rigueur, flexibilité et coopération entre tous les acteurs.
Riche de cette expérience, nous, KRD GROUP, avons développé une méthodologie spécifique d’éco‑conception permettant d’atteindre en moyenne 70 % de réemploi de manière fiable, structurée et pérenne. Cette approche repose sur un travail collectif que nous initions en tant que Maître d’œuvre, et qui nécessite la participation active du Maître d’ouvrage et de l’entreprise travaux.
Ensemble, nous transformons ces chantiers en références concrètes pour faire de l’éco‑conception un standard durable dans la création et la rénovation de restaurants.



